Bénévole : un métier d’avenir ?

Par deux fois, ces derniers temps, j’ai été interpellé par cette même affirmation : « Vous savez, dans l’inconscient collectif, l’écrivain public est un bénévole… »  Un comble pour le professionnel que je suis, mais aussi pour l’enseignant et le formateur dont la mission est d’affirmer l’identité professionnelle de notre métier !  Pourtant, les exemples ne manquent pas…

De l’inconscient collectif…                                                                                          Pour preuve, cet appel au bénévolat lancé par le président d’une association d’aide aux détenus à une assemblée d’écrivains publics professionnel-les réunie pour la 3e Journée nationale de l’écrivain public organisée par l’AEPF en mai dernier à Paris.

Ou encore cette interrogation d’une participante à cette même journée qui, désireuse de se lancer comme écrivain public, demandait « s’il n’est pas préférable de commencer d’abord comme bénévole ? »

Ce témoignage également sur le site de Plume et Buvard, un « (…) Billet d’humeur sur un bénévolat imposé »[1] où une consœur, professionnelle et diplômée, raconte comment on lui a préféré un écrivain public bénévole pour recueillir des récits de vie de personnes sans abri. « Est-il à ce point inconcevable que l’engagement social de l’écrivain public soit rémunéré ? (…) Est-ce plus charitable de bosser à l’œil ? » demande-t-elle légitimement agacée.

Mais l’on peut aussi s’interroger quand l’argument est développé par une consœur[2] pourtant titulaire d’une licence de la Sorbonne :  « Je reste persuadée que les services gratuits procurés par les organismes sociaux sont essentiels. Beaucoup de personnes ne peuvent se payer les prestations d’un écrivain public professionnel et n’ont d’autres choix que de recourir aux services de bénévoles. »

Mais, pour moi, le coup de massue est arrivé quand j’ai découvert fortuitement qu’un tout « jeune » retraité – déjà embarrassé par ses journées oiseuses, mais désireux toutefois de demeurer « socialement utile » – s’était fendu d’une belle lettre au Président du Tribunal de mon département afin de poser sa candidature comme « écrivain public bénévole au sein de… [comble du comble de ma propre structure !!!] de la Maison de la Justice et du droit » où j’opère depuis bientôt 10 ans !

 À la réalité…                                                                                                                    À ce stade, il semble intéressant d’interroger quelques réalités essentielles :

– L’écriture publique à vocation sociale représente environ 150 sujets récurrents de demandes. Ce sont autant (ou presque) de procédures qui nécessitent des connaissances et compétences diverses ainsi qu’un indispensable savoir-faire relationnel et psychologique.                                                                                                              Quelle vie professionnelle, aussi remplie soit-elle, permet d’acquérir ces savoir-faire et compétences ?

– Aujourd’hui, la multiplication des contrôles liée à l’attribution des aides sociales et minima sociaux demande, en amont, lors du remplissage des demandes, une très grande vigilance. Il s’agira ici de minimiser les risques d’erreurs et les suspicions de fraude qui, dans certains cas, peuvent en découler.                                                                           Quel bénévole acceptera la responsabilité d’avoir commis ce type d’erreur alors que sa volonté première est de « rendre service » ?

– À l’inverse, et grâce a sa connaissance fine des différents dispositifs, un écrivain public à vocation sociale peut inciter un retraité, par exemple, à solliciter l’Allocation de Solidarité aux personnes âgées (ASPA) ou une famille éligible à l’Aide à la Complémentaire Santé (ACS). Il contribue ainsi à la diminution du non-recours aux droits sociaux.                      Un bénévole se sentira-t-il suffisamment « légitime » ou compétent pour pousser ses investigations aussi loin ?

– Le désir d’aider les autres ou d’être « socialement utile » est une motivation tout à fait respectable et louable, mais on n’en exige pas moins un Brevet d’Aptitude aux Fonctions d’Animateur (BAFA) pour encadrer des enfants.                                                           Pourquoi beaucoup (trop…) de bénévoles considèrent que leur seule vie professionnelle est un passeport suffisant pour « faire écrivain public » ?

Les écrivains publics professionnel(le)s qui interviennent aujourd’hui en France dans le secteur social sont moins de 300, mais réalisent plus de 100 000 interventions, a minima, chaque année comme l’indique l’étude réalisée en 2013[3].

Si les besoins sont immenses, ces mêmes écrivains publics professionnel-les, diplomé-es ou juristes pour une partie d’entre eux, peinent à convaincre les institutions, le plus souvent de services publics ou au public, à créer ou financer des postes d’écrivain public à vocation sociale professionnel.

Pourquoi ces institutions, oublieuses tout à coup des règles strictes et parfois complexes qu’elles ont elles-mêmes instituées, n’hésitent pas à renvoyer vers des bénévoles qui n’ont bien souvent que leur seule bonne volonté en guise de compétence et de formation ?

Écrivains publics à vocation sociale, nous sommes parfaitement conscients de l’engagement sincère des bénévoles dont l’intérêt et l’importance ne sont plus à démontrer. Toutefois, nous restons convaincus que l’envie d’être utile et de disposer pour cela de beaucoup de temps libre ne doit pas se faire au détriment, mais à l’unisson de ce qui est et doit rester une profession avant tout : l’écriture publique professionnelle.

Franck Danger                                                                                                        Ecrivain public à vocation sociale

[1] http://plumeetbuvard.org/billet-dhumeur-sur-un-benevolat-impose/ – more-1848          [2] « Voix d’écriture », Lanto Onirina, sur le (passionnant) site raconterlavie.fr                      [3]  Voir « Le recensement des écrivains publics » pdf en préambule de l’article  « L’écrivain public à vocation sociale en question »

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